La perméabilité intestinale

Quelles nouveautés dans l’approche micronutritionnelle de la sphère intestinale ?

Considéré aujourd’hui comme notre deuxième cerveau, notre intestin héberge 100 000 milliards de bactéries, 200 millions de neurones, et un système entérique en étroite communication avec le SNC. Ce microbiote joue un rôle fondamental dans de nombreuses fonctions.
Comment assurer un bon équilibre de cette flore qui est perturbée par de nombreux facteurs ?

Le tissu lymphoïde couvrant les intestins s’appelle GALT (Gut Associated Lymphois Tissue). Ce tissu lymphoïde représente la plus grande masse lymphoïde de l’organisme. Le GALT est l’acteur principal du système immunitaire acquis. Si l’intestin est en mauvais état, l’immunité ne peut être bonne.
Dans le GALT, les lymphocytes sont isolés ou amassés dans de grands follicules, les plaques de Peyer, et jouent un rôle capital dans les réactions immunitaires de l’intestin.

Au niveau des plaques de Peyer, on retrouve des entérocytes et les microvillosités en forme de doigt de gant, elles se nomment les cellules M. Leur rôle consiste à échantillonner les antigènes et les micro-organismes présents dans la lumière intestinale. Aussi, les jonctions serrées unissent les cellules M aux entérocytes avoisinants. Les cellules M favorisent l’adhérence puis la captation des antigènes et des microbes, ce qui assure leur délivrance aux cellules immunitaires qui abondent dans les replis des membranes basales. L’information antigénique est alors délivrées à des cellules immunitaires qui peuvent être les lymphocytes T ou B, ou des cellules présentatrices d’antigènes.

De même, les cellules dendritiques sont considérées comme les plus puissantes cellules présentatrices d’antigènes. Elles partagent avec les cellules M la capacité de constituer une porte d’entrée au micro organismes. La jonction serrée permet l’adhésion entre les cellules de l’épithélium intestinal et constitue le support physique de son rôle crucial de barrière. Elle régule les capacités d’absorption para- cellulaire.

Seulement, les personnes souffrant de malnutrition voient augmenter leur perméabilité intestinale. La maturation de la perméabilité est achevée après la deuxième année de vie chez le nouveau-né. L’immaturité de sa muqueuse intestinale en fait une véritable passoire et expose l’enfant à des pathogènes et des antigènes. Ce « leaky gut » (intestin perméable) physiologique lui permet de bénéficier des anticorps véhiculés par le lait maternel. L’ouverture des jonctions serrées aux macromolécules et aux micro-organismes entraine une série de conséquences délétères : l’entrée d’antigènes, l’entrée de pathogènes, l’entrée des toxines et l’entrée d’aliments incomplètement digérés.

L’excès de stimulation des défenses immunitaires nous rend réactifs à des molécules habituellement bien tolérées : c’est l’atopie. La surcharge entraine un accroissement des dysfonctionnements et des erreurs. La formation accrue de complexes antigènes – anticorps suscite leur dépôt intempestif au niveau des membranes : c’est l’inflammation.

Le chercheur londonien Wakefield, à l’origine de la découverte de l’entérocolite autistique en 1998, a publié un article : « The gut-brain axis in childhood developmental disorders » J Pediatr Gastroenterol Nutr, 2002. Il constate l’existence d’une proportion substantielle des troubles infantiles du développement, les interactions intestins – cerveau peuvent s’avérer étroitement liées au développement neuronal anormal et à l’expression de comportements aberrants.

Ainsi, l’imperméabilité intestinal déséquilibre la flore intestinale ce qui entraine des carences en vitamines et en minéraux, une chute de la synthèse des neuromédiateurs, une auto-intoxication et une acidification du terrain.

Représentation de la muqueuse de l’intestin grêle, illustrée par Félicie Akkitham, copyright 2014.

 

Les solutions: les probiotiques et les prébiotiques

Afin d’optimiser les performances de la microflore intestinale de l’enfant TDA /H et de toute personne ayant l’intestin perméable, il existe les probiotiques et les prébiotiques. Ce sont des organismes et des substances qui contribuent à l’équilibre microbien intestinal, selon le Dr R. Parker.(1)

Les bactéries probiotiques sont des micro-organismes vivants appartenant à la flore naturelle présentant peu ou pas de pathogénicité mais possèdent des fonctions importantes pour la santé et le bien-être de l’hôte. (2)

Les prébiotiques, quand à eux, servent à stimuler sélectivement la croissance des bifidobactéries et des lactobacilles dans l’intestin afin d’augmenter la résistance naturelle de l’organisme face aux pathogènes envahisseurs. Les principaux prébiotiques chez l’homme sont les fructo-oligosaccharides (FOS) et les galacto- oligossacharides (GOS). On les trouve principalement dans les légumes, certains fruits et certaines céréales, notamment l’artichaut, le topinambour, la chicorée, l’ail, l’échalote, l’asperge, le poireau, le salsifis, le pissenlit, la tomate, la banane…

Afin de nourrir l’écosystème, il faut des fibres végétales et des protéines pour rassasier les colonocytes en butyrate et des protéines pour alimenter les entérocytes.

  • La glutamine est un précurseur du GABA (Acide Gamma Amino Butyrique), c’est un acide aminé non essentiel qui peut être synthétisé par l’organisme lui-même. A ce titre, la glutamine améliore la mémoire et augmente la vivacité cérébrale. La glutamine permettrait d’améliorer l’entretien des fonctions de la paroi intestinale, de la prolifération de la flore intestinale ainsi que la différenciation cellulaire et une réduction des infections. Ces propriétés semblent liées à une vitesse d’extraction de la glutamine plus élevée que celle des autres acides aminés, ce qui en ferait donc le meilleur choix pour l’amélioration des conditions du transit intestinal. La glutamine est aussi réputée pour accélérer la guérison après une opération chirurgicale. Elle amélioration la restauration des leucocytes et la perméabilité intestinale, le tout sans effets secondaires apparents.
  • Le zinc représente un nutriment capital pour la muqueuse intestinale, au même titre que la glutamine. Cet oligoélément essentiel agit comme cofacteur de centaines d’enzymes, il influence le développement et l’intégrité du système immunitaire. Il possède une action immunostimulante majeure.
  • Le butyrate est la principale source d’énergie des colonocytes. Cet acide gras à courte chaine peut être synthétisé par des bactéries de fermentation comme par des bactéries de putréfaction. Son apport est bénéfique pour lutter contre le syndrome de l’intestin perméable. En effet, le butyrate induit la synthèse d’enzymes stimulant le développement de la muqueuse. Il exerce une action anti-inflammatoire sur la muqueuse du côlon et réduit son hyperperméabilité. Ces récepteurs nucléaires activent la transcription de nombreux gènes.
  • Les acides gras oméga 3 interviennent dans la composition de la membrane cellulaire à laquelle ils confèrent la souplesse grâce à leur richesse en doubles liaisons. Ils améliorent le transport actif de la muqueuse intestinale et renforcent l’intégrité de la muqueuse. De plus, ils agissent en synergie avec les probiotiques. Chez les enfants, on conseille l’huile de poisson des mers froides riche en EPA et en DHA, ce sont les omégas 3 à longue chaîne.

(1) Gibson, G.R. and R. Fuller, « Aspect of in vitro and in vivo research approaches directed toward identifying probiotics and prebiotics for human use », J. Nutr, 2000.

(2) Bengmark, S. « Ecological control of gatro-intestinal tract. The rôle of probiotic flora » Gut 1998

Les recommandations n’ont pas pour vocation de remplacer un avis médical, Ainsi, je vous conseillerai de demander à votre praticien de santé son avis en cas de doute.